
Comment la voiture est-elle devenue un objet social total, une figure exemplaire, une forme médiatrice qui peu à peu a changé notre rapport au monde ?
Poser cette question revient à essayer de montrer que dans le monde des formes qui constituent notre quotidien, la voiture est aujourd'hui forme du monde. Au-delà de l'outil moderne, la voiture pose tout le problème des rapports à l'espace et au temps comme lieu d'objectivation de notre existence. Dans nos sociétés industrialisées où la prise de risque est modèle de comportement, la voiture nous permet d'allier symboliquement la droite et la courbe, c'est-à-dire la règle et son exception, comme en un vertige érotique. Et il y a de l'esthétique dans ces jeux équivoques, dans ces promenades entre paradis et terre promise, dans cette possibilité de déviance qui inclut nécessairement l'accidentel. Cet objet roulant bien identifié nous replace sans cesse dans la confusion, dans l'acceptation de l'indifférencié vie-mort. La multicausalité des accidents de la route n'est que le reflet de la multiplicité des signes, des symboles et des mythes auxquels ils nous renvoient. Ils sont l'interface entre notre "faisable" et notre "désirable".
Un ouvrage de 300 pages, constitué des thèmes suivants :
Première Partie
Quest-ce que la voiture nous donne à vivre au
quotidien ?
Autonomie et liberté, terreur et mort. Les discours des femmes
et des hommes y insistent, les observations le mettent en évidence, et le rêves pour
ceux qui les racontent en sont une interprétation : la voiture nous roule dans
lambiguïté. A son volant nous passons de la peur au plaisir, et inversement, dans
une espèce de mouvement doscillation qui ressemble à ce fameux ruban de Moebius
quon peut parcourir en passant sans sen rendre compte du dessous au dessus, du
dehors au dedans.
Deuxième Partie
Si ces sensations paradoxales sont possibles cest parce
que la voiture est une authentique porteuse dimages et de figures de
limaginaire, donc beaucoup plus quun simple objet de transport. Elle est le
support dun bestiaire plutôt sauvage qui nous entraîne au galop des chevaux, donne
le pouvoir du lion ou du taureau, harcèle ou pique à la façon des insectes avant de
nous faire passer par le miroir pour mieux arriver à la chute. Mais elle tout aussi
capable de nous élever, de nous illuminer de nous amener au surhumain et à
lhéroïsme en conjuguant. Elle est un élément actif de notre pouvoir
imaginaire : sa fonction fantastique est indéniable. Nous restons larme au
pied.
Troisième Partie
Mais elle nous entraîne encore plus loin dans lordre du symbolique : lavoir nous donne le sentiment dêtre. Elle est comme une seconde peau. Notre apparence est la sienne et inversement. Nous en parlons à la première personne du singulier. Son espace nous décrit. Dans le jeu social elle est devenue objet sacré. Voiture sacrée ? sacrée voiture et putain de bagnole !
Quatrième Partie
Le cercle et la roue y sont probablement pour beaucoup : elle sert aussi notre temps mythique et nous renouvelons avec elle lhistoire éternelle des peuples pèlerins et voyageurs et nous fait participer à lentretien mythique dun Age dOr et dun retour aux origines. Elle sert aussi notre mythe du progrès. Et si le pouvoir de tout système mythique cest de con-fondre le temps et la mort alors nen doutons plus elle est véhicule du mythe.
Cinquième Partie
Elle est forme du monde : un « Objouet social total ». Elle soulève le monde et le contamine dans le même temps. Et pourtant difficile daccepter de sen passer. Même la Chine nen fera pas léconomie.
Que conclure ? Quen conclure ?
Vers quoi tend toute lillusion de nos sens au
volant ? vers RIEN ai-je répondu.
Quel est le sens de cet étirement physique et psychique auquel
nous nous livrons au volant ? justement RIEN, rien quun détournement du sens,
du bon sens, du droit chemin pour atteindre linfini, une autre finitude, celle de la
mort peut-être quon finit par retrouver dans une ultime appropriation ludique.